Rendez-vous culturels

BARDOU-JOB

"Société Bardou-Job et Pauilhac - Statuts de 1897" - Cf rubrique Articles/Bardou-Job.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


SAN MARTI

"Pierre Bardou-Job - Exportation de faïences San Marti en Amérique du Nord" - Cf rubrique Beaux-Arts/Arts graphiques


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"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


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Les frères Goumain, maîtres ébénistes à Paris, maîtres ébénistes du château d'Aubiry

 

 

Hall du château d'Aubiry - Aquarelle (Col.part.)

 

Dessinateur et fabricant de papiers de fantaisie, Jean Bardou fut en 1849 le promoteur de la marque de papier à cigarettes JOB. La diffusion rapide de ces petits formats fut à l’origine d’un formidable essor industriel et de la fortune fulgurante de la famille. Les véritables symboles de la puissance matérielle de la dynastie furent alors les trois châteaux édifiés dans les Pyrénées-Orientales grâce à la fortune du fils cadet, Pierre Bardou-Job, décédé en 1892.

A Perpignan, le Parc Ducup fut dévolu à la famille Ducup de Saint Paul, alliée par mariage aux Bardou-Job. Dominant la plaine d’Argelès, le château de Valmy fut édifié non loin de Port-Vendres où les Pams, également alliés à la famille, pratiquaient le négoce maritime. Portant la date symbolique de 1900, le château d’Aubiry, près de Céret, fut celui de Justin Bardou-Job, fils du précédent, qui en fit le pendant majestueux de son hôtel particulier, situé rue Saint Sauveur à Perpignan[1]

Caractérisé par l’omniprésence du marbre, élevé à flanc de colline pour jouir d’un superbe panorama, exposé au sud, ce château fut conçu par l’architecte danois Viggo Dorph-Petersen[2]. Les frères Goumain, maîtres ébénistes parisiens, dont les projets de travaux datent de 1903, furent ensuite chargés de son ameublement. Présentée en 2011 à l’exposition « Job et les artistes », leur série d’aquarelles offre l’occasion d’esquisser un siècle d’histoire du mobilier et des arts décoratifs, dont ils furent incontestablement des acteurs majeurs.

 

Origines familiales et géographiques

 

Selon F. Calament, la maison Goumain frères « Ebénisterie et Menuiserie d’Art - Styles anciens et modernes - Fabricants décorateurs » fut fondée à Paris en 1868[3]. Deux générations s’y succèdent alors. La première est celle de Guillaume Goumain, menuisier, époux d’Anne Ménétrier, couturière. De cette union naissent 5 enfants dont 3 filles et 2 garçons[4] : Adolphe Hector Goumain, né à Paris en 1864[5], décédé en province en 1947[6] et Albert Goumain, né à Paris en 1866[7], décédé à Neuilly-sur-Seine en 1956[8]. Ce sont ces deux fils, fabricants de meubles, qui donnent son nom à la maison Goumain frères.

La plupart des enfants Goumain sont issus du XIe arrondissement de Paris, c'est-à-dire du quartier Saint Antoine, tirant son nom de l'abbaye de Saint-Antoine-des-Champs. Au XVe siècle, ce riche couvent de femmes bénéficie d'un privilège rare, le roi libérant les artisans travaillant sur son territoire de la tutelle des corporations. Echappant à la réglementation commune, ceux-ci forment alors une vaste communauté spécialisée : en 1700 on y recense 500 menuisiers et 400 ébénistes[9]. « Sous l’ancien régime, déjà, les confrères jalousaient l’indépendance des ouvriers de ce lieu privilégié, qui étaient exemptés des formalités de maîtrise » note un document[10].

La prospérité due aux nombreuses commandes de meubles émanant de l'abbaye et de la Cour, s'étend également aux ateliers de faïence, de textile, de fonderie. L'école d'art Boulle y est créée en 1886[11]. « La rue du faubourg Saint-Antoine a conservé son organisation séculaire : des immeubles d'habitation de 2 ou 3 étages édifiés sur la rue et des ateliers au fond des parcelles. L'artisanat de meubles y reste important dans les passages et les arrière-cours[12] ».

L’histoire sociale du faubourg apparaît dès lors contrastée : « Je ne sais comment ce faubourg subsiste. On y vend des meubles d’un bout à l’autre ; et la portion pauvre qui l’habite n’a point de meubles » écrit un auteur au XVIIIe siècle[13]. Par contraste, « certains meubles fabriqués au Faubourg atteignent des prix fabuleux et valent au faubourg une réputation mondiale. Le monde entier …emprunte au Faubourg des artisans pour donner essor, dans les principales nations, au commerce du meuble[14] ». Populaire et industrieux, le quartier St Antoine devient dès lors « l'un des plus prompts à la rébellion et se couvre de barricades à chaque révolte parisienne du 19è siècle, utilisant au mieux les nombreux petits passages ». C’est au cours de la décennie 1860, partageant ce faubourg frondeur entre deux arrondissements (11e et 12e) que se situe la naissance des frères Goumain.

Cette décennie - celle de l’Empire dit libéral - est alors celle des organisations présyndicales. En tout état de cause, si les organisations ouvrières apparaissent encore souterraines, une certaine tolérance est accordée aux organisations patronales : de 1860 date la création de la Chambre syndicale de l’ameublement, ancêtre de l’actuelle Chambre syndicale de l’Ameublement et du Négoce de Paris et de l’Ile de France.

Après la chute de l’Empire en 1870, il faut néanmoins attendre 1884 pour qu’intervienne la légalisation des syndicats, et que se développe le syndicalisme ouvrier. Cette légalisation ne se fait pas sans luttes. Dès cet intervalle, en 1881-1882, Guillaume Goumain père apparaît comme représentant patronal. Domicilié 54 rue de Charonne, membre de la Corporation des Fabricants de Meubles sculptés de la ville de Paris, il est l’un des trois mandataires chargé par le patronat de remettre en cause un accord intervenu entre patrons et ouvriers, à la suite des grèves de 1880. Dès la fin du XIXe s., la maison Goumain apparaît donc déléguée par le patronat de l’ameublement, au cours d’une période intitulée « seconde phase d'organisation de la profession du meuble de Paris[15] ».

 

La structure de l’entreprise

 

L’organisation de la maison Goumain mériterait d’être précisée. Les jeunes fils Goumain ont probablement effectué une partie de leur apprentissage aux côtés de leur père : l’aîné, Hector, est mentionné comme menuisier-ébéniste et dessinateur, Albert, le cadet, uniquement cité comme maître ébéniste, occupe toutefois le devant de la scène relationnelle.

La maison draine une nébuleuse de professionnels, menuisiers, mouleurs ou sculpteurs dont certains sont mentionnés dans les actes d’état-civil. Dès le Second Empire, tous savent signer, laissant à penser qu’il ne s’agit pas d’une simple main d’œuvre d’exécution. Dans les années 1880, les alliances féminines se font ensuite soit avec des menuisiers, soit avec des commissionnaires : la dynastie, spécialisée dans la fabrication de meubles sculptés, s’ouvre également au commerce du mobilier.

Enfin les frères Goumain promeuvent l’apprentissage. En 1905, le contrat d’apprentissage de la maison est cité comme modèle par la Direction du travail[16] et cet intérêt pour la formation s’inscrit dans la durée : en 1926, Albert Goumain est l’auteur d’une notice intitulée « L’apprentissage dans les métiers de l’ameublement. Notice établie pour les enfants se destinant à ces diverses professions[17] ». En dernier lieu, la maison travaille à Paris mais également en province où, lorsqu’elle n’envoie pas des ouvriers de sa propre fabrique, elle délègue ses travaux de mobilier à la main d’œuvre locale, comme l’atteste une lettre de 1901 : « Des conseils avaient été donnés pour leur fabrication sur place par un menuisier[18] ».  

 

Reproduction des styles du passé

 

Meuble de style - Goumain

Mobilier Bardou-Job - Château d'Aubiry

 

Au tournant du XXe s., les spécialités des frères Goumain[19], apparaissent au nombre de trois : reproduction et restauration de styles anciens ; création de mobilier de style Art nouveau ; fabrication de mobilier spécialisé pour les musées.

La première de ces activités, reproduction des styles du passé, correspond à un courant ancien, porté par les expositions nationales. Ainsi en 1911, lors de l’Exposition nationale d'art décoratif du 4e Salon des industries du mobilier : « Les stands des exposants sont établis dans le style Renaissance. La colonnade centrale, d'une somptueuse opulence (…) donne une impression de richesse et de beauté qui, dès l'entrée, séduit le visiteur.... Toute une partie du salon est consacrée à la présentation d'intérieurs complets de châteaux, hôtels, appartements somptueux, entièrement construits, aménagés, décorés, meublés, avec tous les accessoires de la vie ». Ce flot « prodigieux d'ingéniosité, de goût, de talent et... d'argent » apparaît alors inégalé.

Lors du projet d’ameublement du château d’Aubiry, l’imitation des styles anciens occupe de même une place essentielle. Les aquarelles présentent les projets de mobilier destiné au rez-de-chaussée de la demeure : billard, salle à manger, véranda, bibliothèque et bureau-fumoir du maître de maison. Un style spécifique est attribué à chaque pièce principale : au bureau-fumoir correspond le style Renaissance, à la bibliothèque le style Empire, à la salle à manger, un style également travaillé auquel s’ajoute l’ébénisterie des portes d’entrée. Cet intérieur éclectique a effectivement été réalisé.

 

Restauration de mobilier historique

 

Palais de la Culture -Iasi - Roumanie

 

Mettant au jour le talent du dessinateur, au coup de crayon précis, au style incisif, coloriste expérimenté, témoignant d’une maîtrise incontestable de son ouvrage, les aquarelles d’Aubiry apparaissent comme de véritables œuvres d’art par le soin apporté à leur exécution. Par extension de ce savoir-faire monumental, l’atelier Goumain concourt également à la restauration de mobilier historique.

Collectionneurs de mobilier ancien, les frères Goumain exposent en effet à la section d’Arts anciens du salon du mobilier et des arts décoratifs, autorisant l’examen de « pièces uniques, introuvables, provenant de collections particulières les plus fermées et qui, pour trois mois, sont ainsi exposées… : meubles anciens de toutes les époques, boiseries, tapisseries, tableaux, tentures, étoffes, bibelots, objets d'art les plus rares[20] ».

Cette connaissance approfondie du mobilier ancien leur permet de remporter les marchés de restauration de mobilier d’époque, y compris à l’étranger. Ainsi, l’atelier d’Albert Goumain procède « à la restauration d’un ensemble de mobilier d’origine », au sein de l’imposant Palais de la Culture situé à Iasi, en Roumanie[21]. Répondant aux appels d’offres officiels, la maison est donc en mesure de satisfaire aux commandes de prestige.

 

La maison Goumain et l’Art nouveau

 

En 1891-1892, les frères Goumain sont nouveaux adhérents à la Revue des Arts décoratifs[22]. Le Musée des Arts Décoratifs, dont la création date de 1877, « a été mis en place par une association dont le but était de stimuler la création contemporaine en montrant les belles œuvres du passé au public[23] ». Sa fonction est donc double : montrer sous forme muséale les styles du passé, afin de stimuler les œuvres issues d’une nouvelle créativité.

Fondés à compter de 1901 sous forme triennale, les salons du mobilier présentent ensuite des expositions artistiques et industrielles, intitulées Expositions nationales d’Art décoratif. Ces expositions résultent du rapprochement de 4 syndicats patronaux organisateurs : les chambres syndicales de l’Ameublement, de la Bijouterie-Joaillerie-Orfèvrerie, du Bronze, de la Céramique et Verrerie. Les expositions de 1902, 1905, 1908 et 1911 qui tiennent au Grand Palais des Champs Elysées connaissent un succès croissant.

Le tournant du siècle est alors marqué par la révolution artistique que constitue l’Art nouveau. Emergeant dans les années 1890, ce style culmine entre l'exposition universelle de 1900 et les expositions de 1903-1904 de l'école de Nancy à Paris, dont Louis Majorelle est l’un des chefs de file[24]. C’est en 1903, au moins pour le rez-de-chaussée du château d’Aubiry, que les frères Goumain présentent à Justin Bardou-Job des aquarelles de mobilier de style Art nouveau, dont on connaît notamment celles de la salle de billard.

Contribuant à l’Art nouveau, la maison Goumain est encore citée à l'exposition de Milan en 1906. A Paris, elle participe aux concours organisés lors des salons nationaux du mobilier et des arts décoratifs, sous le titre d’Art moderne ou d’Art nouveau et y figure encore en 1911. Enfin, en 1926, Albert Goumain prononce l’un des éloges funèbres de L. Majorelle, dont le texte figure dans un volume publié l’année de son décès.

 

Les frères Goumain, fabricants de mobilier de musées

 

La maison Goumain frères est en dernier lieu le fabricant attitré d’Emile Guimet, fondateur du Musée Guimet à Paris. Promoteur d’un musée à Lyon en 1879, cet industriel inaugure à Paris un musée d’histoire des religions orientales et des traditions populaires (1888)[25]. Une grande partie des collections de ce musée est issue des fouilles d’Antinoë, ville de moyenne Egypte, réalisées par l’archéologue Albert Gayet au cours d’une vingtaine d’années de fouilles, à compter de 1895[26].

Les frères Goumain fabriquent pour ce musée deux sortes de mobilier : d’une part des vitrines pour l’exposition de momies, et d’autre part des meubles pour la présentation de tissus[27]. Ils réalisent par exemple la vitrine de la célèbre momie du Patricien[28] et une vitrine à deux corps pour contenir la momie dorée, la « ounnout », exposée au musée de Paris en mai-juin 1907.

Par ailleurs, E. Guimet est « sensible à la conservation des collections qui sont à sa charge, et particulièrement au conditionnement des tissus[29] ». A cet effet, les Goumain produisent de « fameux meubles à volets[30] » spécialement réalisés pour les tissus égyptiens, arrivant le plus souvent en lambeaux et servant alors d’échantillons. Les fragments d’étoffe, après avoir été soigneusement lavés et repassés, sont ensuite tout simplement collés sur des cartons[31], et ces cartons présentés dans un meuble à volets. Réunissant les cartons dans un espace restreint, ces meubles particuliers offrent l’avantage de se feuilleter comme les pages d’un livre, protégeant les couleurs de l’altération de la lumière. Le 1er meuble fabriqué date de la 1ère exposition parisienne en 1898[32].  

L’entreprise fabrique ensuite ce mobilier pour les musées de province, où il est encore possible d’en trouver trace, en plus ou moins bon état de conservation : 2 meubles datés de 1901 « sans doute presque complets mais entièrement démembrés » au musée d’Ethnographie de la faculté de médecine de Bordeaux, un autre en bon état au musée d’Aquitaine, un autre à Rouen et, au musée Guimet de Lyon « un meuble particulier : une colonne sur fût tournant où s’accrochaient vingt-quatre volets de bois[33] ».

De nouvelles vitrines sont ensuite construites pour les musées de province, dont les momies, achetées ou précédemment exposées à Paris, sont présentées en même temps que les tissus. Ainsi, le musée de Châteauroux accueillant en 1904 la momie du Patricien commande une vitrine « à M.M. Goumain frères », dont le croquis est tarifé 225 F. De même à Dunkerque, « une étiquette au nom de « Goumain Frères fabricants » est encore collée sur la vitrine d’exposition spécialement réalisée pour contenir la « ounnout[34]».

Le Muséum de Perpignan expose également des textiles égyptiens. Provenant des fouilles 1901-1902 et d’un dépôt de l’Etat en 1903[35], ceux-ci font désormais partie de la réserve du musée H. Rigaud : dans le vaste ensemble de mobilier ancien réparti entre les divers musées de la ville, il convient donc de vérifier l’existence de mobilier Goumain.

De fait, E. Guimet recommande « son fabricant attitré, la Maison Goumain Frères à toutes les institutions prêtes à recevoir des échantillons textiles, en accompagnement d’un plan du meuble en question ». Dispensant ses directives aux conservateurs des divers musées, il délègue en outre au ministère de l’Instruction publique le soin de leur diffusion : « Comme l’année dernière, vous trouverez enfermés dans ces plis quelques notices relatives à la manière de préparer les étoffes et des plans d’un meuble à volets, tenant peu de place, indispensable à leur conservation[36] ». Ce succès résulte donc de la caution durable[37] apportée par les pouvoirs publics à ce secteur d’activité.

 

La maison Goumain et « l’Art déco »


exposition 1925 Paris

Pavillon de la Société de l'Art Appliqué aux Métiers - 1925

 

Au début des années 1920, Albert Goumain préside la Chambre syndicale de l’ameublement de Paris, réunissant désormais les fabricants de mobilier de la capitale et du département de la Seine, ainsi que les négociants en meubles[38]. A ce titre, il préface un ouvrage rédigé « par un groupe de praticiens », vulgarisant une multitude de sujets liés au bois : coloration, teinture, chimie, recettes, patines, laquage, décor en laque de Chine, vernissage, placage, marqueterie etc[39].

Au-delà de cet aspect technique, la maison Goumain frères domine toujours l’activité artistique de son temps, dont elle oriente la création. En 1925 en effet, Albert Goumain est cité comme président de la « Décoration Française Contemporaine », représentant la « Fédération des industries d’art » et introduit en 1929 le volume consacré à la 3e exposition conçue par cette fédération[40]. Mentionné en 1924 dans Le bulletin de la vie artistique[41], il figure également dans la revue Art et Décoration évoquant l’exposition internationale des arts décoratifs de 1925.

A la suite des destructions résultant de la guerre de 1914-1918 et du traumatisme laissé dans les esprits, le but est en effet de faire table rase du passé. Au plan artistique, ce changement de perspective se traduit par l’accent mis sur le caractère exclusivement « moderne » désormais attribué à l’art. L’art décoratif devant assurer le triomphe de ce principe, celui-ci est mis en application lors de l’exposition de 1925 où, refusant « les chefs d’œuvres plus ou authentiques des siècles passés », il n’est admis, selon A. Goumain « que les œuvres dues à l’inspiration nouvelle[42] ».

Dans un souci de fonctionnalité, la Société de l’Art appliqué aux Métiers confie à deux architectes le soin de réaliser « une maison moderne », dont la conception est précisée par la revue L’Architecture : « Etablie sur un plan circulaire, afin d’en faciliter la visite au public, toutes les pièces de cette maison seront disposées autour d’un grand salon central ». Sont ainsi exécutés : le vestibule sur les plans de Charles Plumet ; le grand salon d’après H.-M. Magne, par l’ébéniste Roumy ; le grand cabinet de travail d’après Eric Bagge, par Saddier ; le fumoir d’après Melle Richon, par Goumain. Verrerie, orfèvrerie et fonte en parachèvent la décoration.

Présents aux côtés de l’architecte et créateur de mobilier Bagge et de l’ébéniste et négociant Saddier, tous deux représentatifs de l’Art déco[43], les Goumain s’adaptent donc désormais « exactement au sentiment de la vie moderne contemporaine[44] », tout en continuant d’utiliser, non sans ambivalence, les bois de luxe, exotiques et coloniaux, alors traités par les artistes[45]. De fait, affilié à la Chambre syndicale des Artistes décorateurs modernes, A. Goumain est également membre, sinon président, de la Fédération des syndicats du Commerce des Bois, sous-entendu bois des îles ou exotiques[46].

 

Conclusion : goût et pouvoir

 

Personnage central de l’histoire culturelle et économique, A. Goumain apparaît toujours comme président général de la Chambre syndicale de l’ameublement de Paris en 1930[47], puis président d’honneur en 1935[48]. Dès le début des années 1920, il préside également la Confédération générale de l’Ameublement de France, fédérant l’ensemble des organisations patronales du pays[49]. Enfin, de 1925 à 1940 au moins, il occupe les fonctions de Conseiller au Commerce extérieur de la France[50].

L’histoire de la maison se poursuit alors, comme l’atteste un cachet sur un projet de mobilier : « ce dessin ne doit pas être communiqué ni copié, loi du 11 mars 1941 ». A. Goumain décède en 1956, à près de 90 ans. Juchée aux sommets de la production française durant un siècle environ, la maison Goumain frères à Paris contribue donc à la production de mobilier de luxe, influant sur les divers courants artistiques qui se sont succédés.

En définitive, selon l’adage « Le goût et le pouvoir se conjuguent en de mêmes mains », Albert Goumain, fabricant de meubles d’art, apparaît singulièrement semblable à l’image de son commanditaire, Justin Bardou-Job, fabricant du papier à cigarettes Job. Chacun dans sa partie, l’un dans les arts papetiers, l’autre dans l’art du meuble, portent à leur sommet savoir-faire industriel et artistique, réunis au début du XXe s. dans la création du château d’Aubiry, inscrit au titre des Monuments historiques en 2006.

Edwige PRACA

 

Bibliographie

PRACA Edwige, "Les frères Goumain, maîtres ébénistes à Paris, maîtres ébénistes du château d'Aubiry", article extrait de : La Belle Epoque dels Bardou, catalogue d'exposition, Musée des Beaux Arts Hyacinthe Rigaud, Perpignan, 2011, p.91-105.



[1] PRACA Edwige, « Les premiers ateliers de façonnage du papier à cigarettes dans les Pyrénées-Orientales, 1838-1858 », Conflent n° 208, Prades, juillet-août 1997 ; « Les Pams, une notable famille de commerçants roussillonnais », La Clau n°1 p.63-94, Perpignan, 1998 ; « Perpignan à l’ère industrielle : l’exemple du papier à cigarettes Job (XIXe-début XXe s.) » in Perpignan une et plurielle dir. R. SALA et M. ROS, éd. Trabucaire, Perpignan, 2004, p.154-174.

[2] La construction moderne, 10e année, Château d’Aubiry, arch. Dorph-Petersen

[3] CALAMENT Florence, La révélation d’Antinoë par Albert Gayet. Histoire, archéologie, muséographie, Institut français d’archéologie orientale, Le Caire, 2005,  vol. 1, p.253, note 779.

[4] Adolphe Hector (1864-1947) ; Laurence Caroline (1865-1954) ; François Albert (1866-1956) ; Berthe Marguerite (1872-1897) ; Marie Constance (1874-1949).

[5] Archives Ville de Paris, acte naiss. 6-6-1864, 10 passage d’Angoulême (XIe). Témoins : E. Ménétrier, mouleur et J. Berthier, menuisier, 108 rue de la Roquette.

[6] A. H. Goumain décédé à St Julien du Sault (Yonne) le 11-1-1947 : ment. marg. in acte naiss. op.cit.

[7] Archives Ville de Paris, acte naiss. 27-11-1866, 87 rue Oberkampf (XIe). Témoins : F. Lagoutte et J. Rousseau, menuisiers.

[8] Décès Albert Goumain, Neuilly-sur-Seine le 19-02-1956 : mention marg. in acte nais. op.cit.

[9] D’après notice Internet.

[10] Bulletin de la chambre syndicale des fabricants de meubles, n°64, mars 1925, p.5.

[11] Rue Pierre-Bourdan, 12ème, près de Nation.

[12] Arch. de Paris : cadastre de Paris par îlot (1810-1836). Plan 31e quartier Fbrg St Antoine, îlot 9 comprenant le 54 rue de Charonne siège de l’entreprise Goumain durant de longues décennies.

[13] MERCIER Sébastien, Tableau de Paris à la fin du XVIIIe siècle.

[14] HENRIOT Gabriel, « Le Faubourg Saint Antoine au travail », cité par BRISSAUD in Bulletin de la chambre syndicale des fabricants de meubles, n°64, mars 1925, p.5.

[15] « La Revanche de la France par le travail. Suite des grèves de 1880, lettre et documents corporatifs et fédératifs… acte d’huissier intitulé « Dénonciation par les patrons aux ouvriers de l’arrangement général du 14 juillet 1880 » ; Jean-Paul Mazaroz : « Les deux phases d'organisation de la corporation du meuble sculpté de Paris », 1881, 178 p, p. 34.

[16] Goumain frères, fabrique de meubles sculptés à Paris : mention de formule de contrats d'apprentissage in L’apprentissage industriel : rapport sur l'apprentissage dans les industries, 1905, 655 p., p. 617, Dir. du travail, par Charles Barrat.

[17] Albert GOUMAIN et Camille RICHARD, auteurs.

[18] CALAMENT F., op.cit. Lettres pour le musée d’Ethnographie de la fac. médecine de Bordeaux.

[19] Annuaire complet, commercial, administratif et mondain, Paris Hachette, 1897.

[20] Quatrième salon des industries du mobilier. Catalogue officiel, 1911. 

[21] Ioan POP, Mircea GIORGHIU, Ionut TERCIU : « Restauration d’un ensemble de mobilier d’origine, celui du Palais de la Culture de Iasi, faite à Paris, ateliers d’arts décoratifs Albert Goumain », colloq. national en 2006 à Iasi sur le thème « Monument. Tradition et avenir ». Siège du Centre Culturel Français de Iasi, palais style néogothique flamboyant construit entre 1905 et 1925.

[22]  Paris, 1880-1902, p.359.

[23] CALAMENT F. vol. 2 p.483. Le musée des arts décoratifs créé en 1877 et l’Union centrale des beaux arts appliqués à l’industrie créée en 1864 fusionnent en 1880 pour donner l’Union centrale des Arts décoratifs, UCAD, ensuite assoc. loi 1901, présidée (1891-1910) par Georges Berger, député de la Seine (1889) et membre de l’Institut (biogr. vol 2, p.457). L’Union centrale des beaux arts appliqués à l’industrie se proposait « d’entretenir en France la culture des arts qui poursuivent la réalisation du beau dans l’utile » et de lutter contre la médiocrité des objets et du décor de la vie quotidienne.

[24] DUNCAN Alastair Mobilier Art Déco, 2000, catal. complet relatif aux arts décoratifs des Salons de Paris.

[25] CALAMENT F. vol. 1, biog. E. Guimet p.95-98 et p.99-100 sur les origines et fonctions du musée.

[26] CALAMENT F. vol. 1, biog. p.101-104.

[27] Estimé par F. Calamant à 4-5000 pièces, le fonds textile de la section copte du musée du Louvre est « l’une des collections les plus considérables au monde » p.215, note 636 ; la proportion issue des fouilles d’Antinoë serait de plus de la moitié, environ 2500 textiles (laine, lin, soie) : vol. 1 p.215.

[28] Cité in Riding Costume in Egypt : origin and apparance, par Caëcilia FLUCK et Gillian VOGELSANG-EASTWOOD et F. CALAMENT op.cit.

[29] CALAMENT F., vol. 1 p.253. Emballage des caisses : le fournisseur attitré de Guimet est la Maison Reybeyrol « Quincaillerie du Trocadéro - Articles de ménage et d’éclairage », 56 rue de Longchamp Paris XVIe: note 684, vol. 1 p.226 

[30] CALAMENT F. p.253

[31] Traitement des textiles : Calament F. p.254-255 et note 781. Le collage des tissus sur cartons est une présentation courante.

[32] CALAMENT F., vol. 1 p.252-253. Catalogue, 1898, p.40 à 44 cité par l’auteur, vol. 1 p.253, note 778.

[33] CALAMENT F., vol. 1  note 778, p.253. Egal. p.251, lettre fac. Méd. Bordeaux à A. Gayet, 20-6-1901.

[34] CALAMENT F., vol. 1 p.253, doc n°34 : lettre datée du 14-3-1904, et vol. 1, p.253, note 779.

[35] CALAMENT F., vol. 1 p.231 : 26 villes citées dont les musées ont reçu des collections « uniquement textiles » en ou vers 1907, dont Perpignan. Pour le Muséum d’histoire naturelle « Textiles (fouilles 1901-1902, dépôt de l’Etat en 1903) » : vol. 2 p.446.

[36] CALAMENT F.,  vol. 1 p.253 et plan p.30, fig. 30b. Lettre conserv. musée Châteauroux au musée Guimet, 14-3-1904, vol 1 p.253 et note 775 p.252, 1904.

[37] Les Goumain égal. tapissiers décorateurs, sont scénographes de musées, notamment lors de la grande vague de création des musées du folklore. Cf. photo. musée folklore de Loches : scène paysanne, création 1936.

[38] Bulletin Chambre de commerce de Paris, 1920, p.157 et 1922, p.92 : siège 15 rue de la Cerisaie. Égal. Revue politique et littéraire. Revue bleue, 1922, p. 272 ou revue Chronique des arts et de la curiosité en 1924.

[39] Trucs et procédés, 2nde édition en 1929.

[40] Expo. du 25-1 au 17-3-1929. Peut-être a-t-il rédigé les introductions précédentes.

[41] Faisant état de l’expo. des arts techniques en 1924.

[42] Bulletin de la chambre syndicale des fabricants de meubles, n°64, mars 1925, p.5.

[43] Notices biog. dans Mobilier Art Déco publié par A. DUNCAN en 2000.

[44] DUNCAN Alastair, Mobilier Art Déco, 2000, p.44 ; citation d’après la notice De Bardyère Georges, présentant à l’exposition de 1925 une salle à manger et un cabinet de travail très remarqués.

[45] Revue internationale de botanique appliquée et d’agriculture tropicale en 1929.

[46] International Labour Directory, 1925, p.112.

[47] Bulletin chambre commerce de Paris, 1930, p.650

[48] Bulletin chambre commerce de Paris, 14-9-1935, p.193.

[49] Bulletin de la chambre de commerce de Paris, 25-8-1923 p.12 Gallica, p. réelle 220.

[50] Décret 11-4-1930, bull. chambre de commerce de Paris, 1930 p.650 et décret 26-7, JO 27-7 : bull. chambre commerce de Paris, 14-9-1935, p.193.