Rendez-vous culturels

Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


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Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


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"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


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La dimension internationale des industries Bardou-Job

 

 

Plafond du salon chinois, hôtel particulier, 13 rue Emile Zola, Perpignan - ©Ville de Perpignan

 

Retracer la dimension internationale des industries Bardou-Job revient en premier lieu à évoquer la naissance d’une lignée, celle des Bardou, ayant non pas donné son nom à une invention de son cru, mais au contraire emprunté son nom à une marque dont elle était elle-même fondatrice et dépositaire : la marque « Job ». « Job » est une marque de papier à cigarettes, et en ce sens, cette thématique apparaît aujourd’hui difficile à évoquer. Mais la descendance en ligne directe des Bardou-Job s’est éteinte, laissant à l’historien le soin de renouer les fils à la fois d’un passé industriel impressionnant et d’un patrimoine artistique luxueux, fleuron de la ville de Perpignan et du département des Pyrénées-Orientales.  

Publiés à compter de 1997, les travaux historiques concernant la dynastie Bardou-Job ont porté sur divers points : la famille, les premiers ateliers de façonnage du papier à cigarettes, l’essor de l’entreprise, les aspects techniques, etc. La dimension coloniale de cette industrie a fait l’objet d’une première présentation au public à l’automne 2010[1]. Le présent article, en forme de synthèse, tend donc à brosser un rapide panorama de cette activité nationale, devenue coloniale et internationale, en présentant les grandes articulations à l’œuvre dans la construction d’un empire économique : succession des générations et réseau d’alliances, grandes dates et espaces d’implantation et de développement de cette industrie.

En un siècle, du milieu du XIXe au milieu du XXe siècle, l’industrie de la marque Job a atteint une dimension mondiale, aussi ne ferons-nous qu’effleurer les continents : Afrique et Asie notamment, laissant à l’avenir le soin de préciser de nouveaux champs de recherche, et d’en affiner les cadres géographiques et chronologiques.

 

Essor de la dynastie Bardou-Job

Aux origines de la dynastie Bardou-Job figure Jean Bardou (1799-1852), initialement boulanger dans le village d’Ille-sur-Tet, ensuite établi à Perpignan où il est devenu peintre et dessinateur, puis « fabricant de papiers de fantaisie ». Daté du 14 novembre 1849, le « brevet d’invention pour la fabrication du papier à cigarettes dit papiers Job » se situe dans le cadre de cette dernière activité. Suivant un modèle préindustriel, l’atelier de façonnage de Jean Bardou est situé au dernier étage de l’habitation dont il est locataire, rue du Bastion Saint Dominique à Perpignan. Cette activité à domicile autorisant l’emploi de la parentèle et d’une main-d’œuvre de proximité, le façonnage du papier à cigarettes, d’activité complémentaire accède désormais au rang d’activité principale, et se trouve conforté par un contrat de diffusion exclusif passé entre Jean Bardou et Jacques-Zacharie Pauilhac, courrier de malle-poste entre Toulouse et Perpignan, assurant dès lors la jonction avec la capitale[2].

 

Portrait de Pierre Bardou-Job (1826-1892) – Photographie - Col. part. - © E. Praca

 

Au décès de Jean Bardou en 1852, la marque Job devient propriété de Pierre Bardou (1826-1892), fils cadet de Jean et l’activité de façonnage connaît une phase essentielle de modernisation. La transformation de l’activité artisanale en une activité industrielle repose sur deux innovations majeures : l’usage du massicot et la mécanisation des procédés de fabrication du papier. A la tête de l’entreprise durant quatre décennies, Pierre Bardou, autorisé en 1878 à endosser le patronyme de Bardou-Job, procède à l’acquisition respective de deux hôtels particuliers situés 18 et 13 rue Saint Sauveur à Perpignan, devenus tout à la fois résidences et manufactures de « l’Industrie du papier à cigarettes ». A son décès en 1892, son industrie, groupant les ateliers de façonnage de Perpignan ainsi qu’une papeterie située sur les rives du Salat en Ariège, occupe plus de 800 ouvriers. Adjugée 16 000 francs en 1853, la marque Job est désormais estimée à 1 250 000 francs[3].

Jusqu’à la seconde génération, les unions matrimoniales ont été réalisées dans le cadre du petit commerce roussillonnais. A la troisième génération, celles-ci apparaissent plus soignées. L’aînée de la famille, Camille (1858-1934), épouse Charles Ducup de St Paul, un saint Cyrien issu de l’ancienne noblesse languedocienne (1877), promu officier de la Légion d’honneur en 1890[4]. Elu à la chambre de commerce de Perpignan, chevalier de la Légion d’honneur en 1898, le fils de famille, Justin Bardou-Job (1860-1930) est l’époux de Thérèse Noé, fille d’un avocat d’affaires originaire du littoral roussillonnais (1886). La cadette Jeanne (1868-1916) épouse pour sa part l’avocat Jules Pams, originaire de Port-Vendres, l’un des représentants les plus fortunés du négoce maritime dans les Pyrénées-Orientales (1888)[5].

 

Justin Bardou-Job (1860-1930) entouré d’un groupe d’amis - Photographie - Col. part. - © E. Praca 

 

La fortune familiale s’affiche dès lors ostensiblement, visible dans l’édification de trois « châteaux de l’industrie » situés à Perpignan et dans l’arrondissement de Céret, tandis que l’essor industriel se poursuit par l’électrification des ateliers perpignanais et l’acquisition de nouvelles usines hydroélectriques en Ariège. En 1893 a été constituée une société de façonnage par les trois héritiers, dénommée société Pierre Bardou-Job en mémoire de leur prédécesseur. En 1913, celle-ci est transformée en société anonyme au capital de 9 millions de francs, placée sous la présidence de Justin Bardou-Job et son siège est fixé à Perpignan.

 

Au seuil de l’Algérie : la cigarette Job

Dès le Second Empire, la distribution de la marque s’est effectuée par le biais d’un réseau de maisons de commerce réparti sur l’ensemble du territoire national. Passant du stade de produit de luxe à celui à celui de consommation courante, le papier Job fait dès cette époque l’objet d’une exportation à destination des « bazars d’Orient », au départ du port de Bordeaux. Plus tard en Europe, la marque est déposée en Autriche-Hongrie et en Bulgarie, à Londres, à Strasbourg alors annexée à l’Empire allemand, à Zürich (1893-1913). Contournant l’obstacle du monopole des tabacs instauré sur le sol français, l’entreprise investit désormais le marché de la cigarette « toute faite », dont Alger constitue la plate-forme de lancement.

L’essor des filiales ou succursales Job débute en effet de l’autre côté de la Méditerranée, à l’époque de Justin Bardou-Job et de son beau-frère Jules Pams (1852-1930), homme d’affaires et homme politique. Conseiller municipal de Perpignan en 1884, conseiller général du canton d’Argelès puis président du Conseil général des Pyrénées-Orientales de 1912 à 1924, inscrit au parti radical, Jules Pams est élu député de Céret à compter de 1893, sénateur en 1904. Ministre de l’Agriculture de 1911 à 1913, de l’Intérieur de 1917 à 1920, il est également membre de la commission de la Marine[6].

 

Portrait de Jules Pams (1852-1930) - Photographie -

Col. part. - © E. Praca

 

« C’est au début du siècle que notre Société s’intéressa aux débouchés que pourraient lui offrir les territoires d’outre-mer. C’est ainsi qu’en 1907 commença à Alger la commercialisation des cigarettes JOB. Ce fut un nouveau débouché pour nos papeteries de papier à cigarettes » indique la société. Le choix de l’Algérie est guidé par plusieurs considérations : « relative proximité de la Métropole, marché libre de tout Monopole (…) développement économique local comportant alors de notables probabilités ». Enfin, une production locale de matière première offre « des facilités d’approvisionnement partiel ».

« Le succès de la cigarette Job en Algérie fut rapide », commente la société. Il se confirme notamment au lendemain de la guerre de 1914 : « C’est à partir de 1920 que s’affirma le succès des produits de l’usine d’Alger à l’Exportation sur les Colonies, où ils prirent très rapidement une place importante, et très souvent prépondérante ». En d’autres termes, la manufacture d’Alger, après s’être taillée une place principale sur le marché algérien, s’engage à son tour dans la recherche d’autres débouchés, extérieurs à son espace initial : « C’est d’abord l’Indochine qui fournira ce débouché, puis l’A.O.F. » atteste dès lors la société.

 

L’aventure indochinoise

 

Portrait de Pierre Bardou-Job (1887-1937)

 Photographie - Col. part - © E. Praca

 

Au cours des années 1930, la place des filiales Job se trouve en effet confortée en Indochine. Deux alliances familiales jouent dans cette orientation un rôle fondamental. La première est celle de Pierre Michel Bardou-Job (1887-1937), fils de Justin. Administrateur de l’usine Ste Marguerite près de Céret[7], celui-ci s’est également familiarisé à la dimension coloniale des entreprises de la lignée au sein de la société Ré, possédant pour le Roussillon la représentation exclusive des lièges de Kabylie arrivant par le port de Port-Vendres[8]. Dernier représentant en ligne directe de la dynastie Bardou-Job, Pierre Bardou-Job épouse en 1912 Marie-Louise Jeanbrau (1890-1979), également issue d’une famille méridionale.

En 1920, un autre membre de la famille Jeanbrau épouse à son tour Paulette Sarraut, fille d’Albert Sarraut (1872-1962), alors député de l’Aude et ministre des colonies, confortant ainsi les liens familiaux unissant désormais les trois familles Bardou-Job, Jeanbrau et Sarraut[9]. A la jonction de ce réseau d’alliances figure le médecin Emile Jeanbrau (1873-1950), ancien interne des hôpitaux de Montpellier en 1896, devenu chef de clinique chirurgicale, agrégé de chirurgie en 1901. Surtout, durant la première décennie du siècle, Emile Jeanbrau est installé comme médecin traitant à La Preste : c'est en 1905, dans cette station thermale des Pyrénées-Orientales, qu'il rencontre parmi ses patients, Albert Sarraut, avec lequel il noue une amitié durable[10].

 

Affiche JOB par Joyeux, 1923 - Col. Musée du papier Le Nil d’Angoulême 

  ©Musée du papier Angoulême

 

Né à Bordeaux en 1872, fils d’Omer Sarraut qui fut maire de Carcassonne, Albert Sarraut est l'un des pionniers du radicalisme. Devenu gouverneur général de l’Indochine en 1911-1914 puis en 1916-1919, celui-ci est nommé ministre des colonies de 1920 à 1924 puis en 1932-1933[11]. C’est à cette dernière date qu’est créée en Indochine une filiale de la société Job, à son tour spécialisée dans la « cigarette toute faite ». En 1933 est en effet fondée la Compagnie Franco-Annamite des tabacs (COFAT) dont une fabrique de tabacs, cigares et cigarettes est édifiée à Saïgon-Cholon. Plus précisément, les annuaires coloniaux indiquent que le papier et les cigarettes Job sont distribués par les établissements Boy-Landry à Haïphong, Hanoï, Pnom-Penh, Saïgon et Thakhet, au Laos[12].

Dans son fonctionnement, la COFAT tend à concurrencer une série de petites manufactures dont la multiplication intervient sur le territoire indochinois. L’évolution de ces territoires se traduit en effet par l’apparition d’une concurrence locale, et les fabricants du papier Job sont amenés à créer des structures fortes dont la COFAT est un exemple. De manière générale, la société Job se heurte en effet « dès avant guerre, au désir général des divers territoires de s’industrialiser et d’acquérir leur autonomie économique. Ce fut le cas de l’Indochine, de 1930 à 1939 ».

Sans entrer dans l’histoire complexe de l’aventure indochinoise, on citera pour cette période et en lien avec les Pyrénées-Orientales, la présence de Bao Daï au château d’Aubiry ou à Prades, lieu de résidence de Pierre Bardou-Job, et en 1951 encore, durant la guerre d’Indochine, la présidence d’Albert Sarraut à la tête de l’Assemblée de l’Union française, au moment où les questions de décolonisation deviennent fondamentales. La guerre achevée en 1954, la politique d’implantation des sociétés Job se poursuit dès lors dans des espaces jugés sécurisés : ainsi la société prend-elle des participations financières au Cambodge en 1955 et également à Madagascar, tandis que se prolonge l’implantation africaine.

 

Retour en Afrique

De manière générale, durant la Seconde Guerre mondiale, se créent des filiales d’envergure croissante, sociétés anonymes exploitant également de larges superficies dans la culture du tabac. Ce renforcement des structures financières et industrielles est en partie lié à la progression de la présence américaine et donc à l’émergence de marchés concurrents. Il est également lié aux exigences politiques des pays dans lesquels la maison mère désire établir une filiale, l’intérêt industriel commandant dès lors de travailler en harmonie avec les gouvernements en place.

En Afrique, ces filiales sont implantées à l’ouest du vieux continent. En 1942, la société Job intègre la Manufacture Africaine des Tabacs à Dakar (MTA), devenue en 1951 la Manufacture des Tabacs de l'Ouest africain (MTOA) par fusion avec la Société des tabacs Bastos[13]. En 1941-1942 est également créée la SOCOTAB, Société de Culture des Tabacs et Plantations industrielle (Dahomey et Haute Guinée) qui participe à un important développement de la culture du tabac en Afrique occidentale, puis la CAITA (Côte d’Ivoire et Dahomey) : Compagnie Agricole et Industrielle des Tabacs africains.

L’historique la SOCOTAB est fourni par la maison mère : « Pourquoi cette société a-t-elle été créée en 1941 ? Non pas parce que nous nous sentions une vocation irrésistible pour la culture du tabac Outre-Mer, à laquelle rien ne nous avait préparé, sinon d’utiliser cette matière pour nos usines, mais seulement parce que l’ouverture de cette activité en AOF nous avait été imposée par le Gouvernement Général du territoire si nous voulions être autorisés à exploiter à Dakar une fabrique de cigarettes »… « Le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942 nous coupa totalement de notre mission pour plusieurs années… [mais] à partir de 1945, nous reprîmes la direction de l’affaire et commençâmes la réalisation du programme que nous nous étions tracé ». Une décennie plus tard, le programme est désormais tenu : non seulement Dakar absorbe une partie importante de la récolte, mais celle-ci est en outre dirigée sur d’autres usines, voire acheminée sur des marchés plus lointains : Union française, Maroc et occasionnellement, Régie Française[14].

Au terme la 2nde guerre mondiale, en 1946, est créée au Congo la Société Industrielle et Agricole du Tabac tropical (SIAT) et la fabrication des cigarettes se fait dans une usine à Brazzaville[15]. L’un des descendants de la lignée Ducup de Saint Paul est administrateur de cette filiale Job à Brazzaville, promu chevalier de la Légion d’honneur en 1961[16]. En tout état de cause, de nombreux exemples illustrent la permanence et la force du réseau familial, judicieusement réparti aux commandes des unités de production mais aussi, comme autrefois, au sein des sociétés de transport liées à la distribution des produits.

On notera enfin l’interaction entre les diverses sociétés. En 1956 est créée la MTCI, Manufacture de Tabacs de la Côte d’Ivoire, implantée à Bouaké, à proximité des cultures de tabacs, sur un terrain au moindre coût que ceux de la capitale. La production prévisionnelle s’élevant à 12 millions de paquets de cigarettes par mois, les produits finis sont vendus en Côte d’Ivoire, au Mali et au Niger : les tabacs sont en partie achetés par l’intermédiaire de la CAITA (Compagnie Agricole et Industrielle des Tabacs Africains), également filiale Job. L’impression des couvertures, des banderoles des vignettes, des bouts de cartouches se fait par une autre filiale, la SAII, Société Africaine d’Impressions Industrielles[17].

 

Visite du stand de la MTCI par F. Houphouët-Boigny - 1963

 Cahiers Job n°33, juillet 1964 - Col. part.

 

Dernier exemple de la dimension internationale des sociétés Job : en 1963 à l’exposition internationale de Bouaké, a lieu la visite du stand de la MTCI par Félix Houphouët-Boigny, devenu premier président de la République de Côte d’Ivoire à compter de 1960[18]. On constatera à nouveau l’emboîtement des relations politiques et économiques assurant le développement de la marque.

 

Conclusion

En définitive, la dimension internationale des industries Bardou-Job apparaît indéniable et se caractérise par sa durée. Il en est de même pour les industries de la branche cousine des Bardou-Job, celle des Bardou, non évoquée ici mais qui suit un cheminement similaire. A titre d’exemple, dans les années 1930, le papier et les cigarettes de la célèbre marque Le Nil ont pour distributeur les frères Denis à Saïgon. En 1935, le siège de la Société des Tabacs et Cigarettes Le Nil, initialement fixé à Marseille, est transféré à Oran, sur le continent africain[19].

Historiquement, la constitution d’un marché national puis international fut donc le premier axe de développement des entreprises familiales Bardou et Bardou-Job. A l’époque la plus récente, de manière désormais perceptible en Europe, les lois du marché tendent toutefois à être contrebalancées par de nouvelles exigences. On notera en particulier l’émergence de la notion de défense du consommateur, au terme de la phase de création d’un marché mondial du papier à rouler. Ainsi, à la phase de création devrait désormais succéder une phase d’adaptation de cette industrie à de nouveaux critères culturels : la dynamique industrielle pourrait dès lors faire la preuve de son adaptabilité aux nouveaux critères collectifs, ce dont on ne saurait douter.

Dernier constat lié à l’envergure des entreprises du papier à cigarettes dans les Pyrénées-Orientales : la richesse du patrimoine de communication, édifié à la jonction de l’industrie et de l’art publicitaire, comme composante d’une véritable politique de commercialisation des papiers Job. Au-delà de cet aspect commercial, dont l’affiche s’avère, à l’évidence, un témoignage incontournable, se profile l’intimité d’une famille d’industriels et d’hommes politiques, unis dans le secret de leurs activités et de leur vie personnelle. Que donne à voir leur patrimoine artistique personnel ? Autant de pistes de recherches appelant déchiffrement, et dont l’exposition « La Belle Epoque des Bardou » fixe manifestement les premiers jalons. Cette initiative pionnière ouvre dès lors la voie à une infinité de recherches à venir, dont l’amplitude apparaît sans conteste à la mesure - considérable - de cette activité particulière.

Edwige Praca

 

Bibliographie

PRACA Edwige, « La dimension internationale des industries Bardou-Job », in La Belle Epoque des Bardou. Art et industries papetières de Perpignan (1880-1914), Catalogue d’exposition, Ville de Perpignan, 2011, p.12-25.



[1] PRACA Edwige, conférence « Bardou, Pams et les autres : alliances, incidences et idéologies », Toulouges, 24-9-2010.

[2] PRACA Edwige, « Les premiers ateliers de façonnage du papier à cigarettes dans les Pyrénées-Orientales, 1838-1858 », Conflent n°208, Prades, juillet-août 1997.

[3] PRACA Edwige, « Perpignan à l’ère industrielle : l’exemple du papier à cigarettes Job (XIXe-début XXe siècle » in Perpignan une et plurielle, ss dir. R. SALA et M. ROS, éd. Trabucaire, Perpignan, 2004, p. 154-174.

[4] PRACA Edwige « Le Parc Ducup à Perpignan. La vraie histoire », conf. en collaboration avec M. H. Ducup de Saint Paul, Maison d’édition Trabucaire, Perpignan, 10-5-2006 et Médiathèque de Perpignan, 30-1-2010.

[5] PRACA Edwige « Les Pams, une notable famille de commerçants roussillonnais, XVIIIe-XXe s. », La Clau n° 1, Perpignan, 1998, p. 63-94.

[6] TAULERA Anne, Jules Pams, des quais de Port-Vendres au perron de l’Elysée (1852-1930), Maîtrise d’histoire contemporaine, université de Toulouse Le Mirail, septembre 2002.

[7] Fabriquant initialement des tresses pour livrets de papiers à cigarettes.

[8] PRACA Edwige, « Premiers jalons pour une histoire de l’industrie du liège en Roussillon (vers 1850 - vers 1950) », in L’Albera. Terre de passage, de mémoires et d’identités, ss dir. Martine CAMIADE, PUP, 2006, p. 253-267. Nos remerciements vont à la famille Vignes qui nous a fourni les données initiales.

[9] Mai 1920 : Paulette Sarraut épouse Louis Paul Jeanbrau, frère du médecin E. Jeanbrau. Parmi les témoins : E.  Jeanbrau, médecin, Millerand, président du Conseil : « Très nombreuse affluence d’amis ou de personnalités du monde politique, diplomatique et des colonies…venus féliciter les parents et les nouveaux époux au ministère des colonies ».

[10] Nos remerciements vont à Mme H. Jeanbrau, descendante actuelle, ainsi qu’à H. Ducup de St Paul, familles alliées, qui ont fourni les données initiales. Cf. article Internet E. Praca : « Le professeur Emile Jeanbrau (1873-1950) ». E. Jeanbrau fut chirurgien, urologue et promoteur de la transfusion sanguine.

[11] Ministre des colonies, Albert Sarraut est partisan de la colonisation économique et publie en 1923 chez Payot à Paris, un ouvrage intitulé : La mise en valeur des colonies françaises.

[12] L’annuaire complet de toute l’Indochine et Indochine Adresses.

[13] Sonia Moussay et Annie Noé-Dufour, « Annexe 15. De nouvelles filiales », Un Job pour la vie. Les salariés de Job en lutte (1995-2001), ss dir. de Yannick Le Quentrec et Stéphanie Benson, Paris, 2005, p.333.

[14] Lettre d’information n°4 de la société Job, direction générale à Toulouse, novembre 1955.

[15] Sonia Moussay et Annie Noé-Dufour, « Annexe 15. De nouvelles filliales », op, cit., Paris, 2005, p.333.

[16] Jean Ducup de Saint Paul, promu chevalier LH le 30-3-1961, in Les Cahiers Job, n°28, avril 1961, p.24.

[17] Sonia Moussay et Annie Noé-Dufour, « Annexe 15. De nouvelles filiales », op.cit., p.333-334.

[18] Les Cahiers Job, n°33, juillet 1964, p.1-6.

[19] Archives Commerciales de la France, n° du 21-1-1935, p.322.