Rendez-vous culturels

Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0


Article François PAMS

Article "François PAMS - 1822-1883 – Branche des PAMS d’Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


Article Gaston PAMS

Article : "Gaston Pams - 1854-1931 - Branche des Pams d'Argelès-sur-Mer" - Cf rubrique Alliés-Consorts.


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


0



Perpignan à l’ère industrielle : l’exemple du papier à cigarettes Job (XIXe-début XXe s.)

 

Au début du XIXe siècle, la proximité géographique entre France et Angleterre favorise l’essor de la révolution industrielle. Celle-ci apparaît en partie comme une transposition ou une imitation, ou encore une adaptation des technologies anglaises sur le territoire français. Dans le même temps, à l’extrémité méridionale de la France, existe une analogie de relations entre le département des Pyrénées-Orientales et la Catalogne. Ce département importe en effet de la Catalogne avec laquelle il est frontalier, tout d’abord l’usage puis l’activité de façonnage du papier à cigarettes, avant sa transformation en un secteur industriel d’envergure nationale et internationale. L’objet de cet article est donc de tracer les grandes étapes de ce processus d’industrialisation, à travers l’exemple des ateliers perpignanais et de la marque Job, produit des Pyrénées-Orientales.

Genèse d’un nouveau secteur d’activité (1838-1914)

Selon Denis Peaucelle, dès la fin du XVIIIe siècle, les Espagnols utilisent du papier fin pour la fabrication de cigarritos (cigarettes). L’usage de la cigarette est ensuite importé d’Espagne par les soldats des armées françaises d’occupation, en particulier à la suite de l’expédition de 1823[1]. Ainsi se noue un phénomène culturel particulier, à savoir la « mode du tabac roulé dans une feuille de papier ».

A l’importation de l’usage du papier à cigarettes succède l’importation de l’activité de façonnage, c’est-à-dire de préparation et de présentation de la feuille de papier. Au départ de l’Espagne, la nouvelle activité se répand dans le département des Pyrénées-Orientales, où les autorisations d’installation de « fabriques à la frontière » sont établies par arrêté préfectoral. Un premier foyer de ces fabriques se développe ainsi le long de la vallée du Tech, dans les communes d’Arles-sur-Tech, St Laurent-de-Cerdans et Amélie-les-Bains. Un second point de contact, au départ de l’Andorre depuis la ville de La Seu d’Urgell, permet le transfert du processus de fabrication vers la Cerdagne française et son acheminement vers la plaine du Roussillon par la vallée de la Tet[2].

Attestée à la frontière à la fin des années 1830, l’activité de façonnage est confirmée à Perpignan dans les années 1840. Les fumeurs de cigarettes ont une préférence pour le tabac américain et, «  à défaut du papier de Barcelone, c’est le papier de Perpignan » qu’ils préfèrent[3]. La législation sur les brevets d’invention (5-7-1844) puis la loi sur les marques de fabrique (23-6-1857), favorisent dès lors le repérage des ateliers existants. De 1849 à 1914, environ trente-cinq fabricants des Pyrénées-Orientales déposent une ou plusieurs marques de fabrique, sans compter les cinq ateliers pionniers précédemment répertoriés[4]. Première marque de papier à cigarettes déposée en 1849, la marque perpignanaise Job témoigne de la fixation définitive de cette branche d’activité sur le territoire français.

L’activité de façonnage se concentre alors dans le chef-lieu, se développant en particulier à compter du Second Empire. A cette période, outre le Job et une série de marques déposées par la même famille, une dizaine de promoteurs déposent une ou plusieurs marques de fabrique : Rouffia frères (1858, 1867), Pouig (1859), Brieudes et Cie (1859, 1860), Brousse (1860), Combe Ch. et Combes (1863, 1864, 1867, 1889), Bouix et Cie (1864), Calvet (1865, 1871), Escanyé Joseph (1865, 1870), Pally C. (1869). Les entrepreneurs du Second Empire, à l’existence jusqu’ici méconnue, participent donc à l’ancrage de cette activité économique dans le chef-lieu. A compter de 1859, l’activité de façonnage se répand en outre dans les communes environnantes de Pia, Espira-de-l’Agly, Rivesaltes, mais aussi dans celles de la vallée du Tech et de la Tet : Elne et Prades[5].

Le nombre des nouveaux promoteurs culmine après l’interruption temporaire de 1870. De 1872 à 1875, six nouveaux entrepreneurs perpignanais déposent des marques de fabriques : Parahy Julien (1872, 1899), Vve Duran et Bolac (1873), Migné (1874), Thoubert et Cie (1874, 1876), Lapasset (1874, 1907), Capdet (1875). Ce nombre décline ensuite. Seuls sept nouveaux promoteurs sont attestés en une douzaine d’années : Lliboutry (1882), Bruzy et Cie (1883), Brousse et l’industriel Edmond Bartissol (1893, 1900), Py Eloi (1901), Pomès (1904), Thenan V. (1914). En tout état de cause, l’essor quantitatif des ateliers de façonnage est patent à Perpignan.

Jean Bardou et la naissance du papier Job (1848-1852)

La transposition des pratiques espagnoles

Dans le cadre de cet essor, Jean Bardou (1799-1852), originellement boulanger, domicilié rue Grande des Fabriques à Perpignan, est l’acteur d’une conversion professionnelle réussie[6] : «Jean Bardou a d’abord été boulanger à Perpignan. Son commerce y fut peu prospère et, dès 1842, il abandonnait la boulangerie et donnait des leçons de dessin[7] ». Peintre et dessinateur auprès d’une clientèle privée, celui-ci est ensuite attesté en 1849 comme « fabricant de papiers de fantaisie »[8].

Les relations transfrontalières entre Cerdagne espagnole et Cerdagne française sont, dans le cas de la famille Bardou, à l’origine de la transposition de l’activité de façonnage en France. L’initiative en revient à Joseph (1823-1884), fils aîné de Jean Bardou, qui a appris le métier fabricant de casquettes et exerce cette profession à Bourg-Madame, sur la frontière espagnole[9] :

« Tout près, mais de l’autre côté de la frontière, se trouve la Seo d’Urgel ; il existait à ce moment, à la Seo d’Urgel, un nommé Ginesto, qui, suivant l’usage de ce pays, joignait à son magasin de quincaillerie la petite industrie de fabricant de livrets de Papiers à Cigarettes. Les relations sont fréquentes entre Bourg-Madame, Puycerda et la Seo d’Urgel. Joseph Bardou se trouve en relations avec Ginesto et acquiert de lui diverses quantités et qualités de Papiers à cigarettes et le secret de la fabrication (…). A cette époque, le papier à Cigarettes qui se consommait en France venait d’Espagne. Joseph Bardou eut le premier l’idée de fabriquer en France. Son père Jean Bardou vint vers la fin de 1847 ou 1848 à Bourg Madame et partagea la manière de voir de son fils, lui demanda tous les renseignements nécessaires et se mit en mesure, rentré à Perpignan, de pouvoir fabriquer le livret de Papier » [10].

Le 3 septembre 1849 Jean Bardou dépose de fait une « demande de brevet d’invention pour la fabrication des papiers à cigarettes dits papiers Job ». Ce brevet est délivré le 14 novembre 1849 par le ministère de l’Agriculture et du Commerce pour une durée de quinze ans, datant ainsi les débuts officiels du papier Job[11].

Une activité principale

A l’instar des « fabriques à la frontière », les ateliers Bardou se définissent comme des ateliers à domicile, l’activité de façonnage constituant d’abord un appoint aux activités traditionnelles :

« Joseph Bardou était venu aussi se fixer à Perpignan et à sa fabrication de casquettes joignait aussi la fabrication de livrets de Papiers à Cigarettes. Cette industrie était encore dans l’enfance et habillée en Espagnol : elle aidait les deux ménages à vivre en ajoutant un supplément de bénéfices à ceux fort restreints que procuraient le dessin ou les casquettes »[12].

Toutefois, cette activité est rapidement amplifiée et pérennisée. Suivant le modèle préindustriel, l’atelier de façonnage du papier Job est établi à domicile, au dernier étage de la maison dont Jean Bardou est locataire, rue du Bastion St Dominique. Il est équipé de tables posées sur tréteaux, de presses, de « trois chariots garnis de dix couteaux servant à tailler le papier », d’instruments d’aiguisage, ciseaux, boîtes de papier et ruban. A l’étage inférieur, une pièce sert de lieu de stockage aux pondéreux : rames de papier, carton et paquets de ruban.

Surtout, l’activité à domicile autorise l’emploi de la parentèle ainsi que d’une main-d’œuvre de proximité. Parvenus à l’âge adulte et demeurés célibataires, les enfants cadets de Jean Bardou, Pierre (1826-1892), Marie (1821-1898) et Magdeleine Bardou (1829-1907), ainsi que quatre ouvrières, sont en effet associés à la production. D’activité familiale complémentaire, le façonnage devient donc activité principale, associant désormais la descendance, dont la formation se fait à l’atelier, et une main d’œuvre extérieure, soit en 1852, un minimum de huit personnes à l’atelier Job.

La création d’un marché national

En France, deux facteurs favorisent le développement de l’activité de façonnage : d’une part, l’existence d’une législation spécifique, à savoir celle des brevets d’invention instaurée en 1844. Cette loi de 1844 sera l’un des facteurs de survie de la marque. Les descendants de Jean Bardou s’y appuieront en effet pour défendre systématiquement cette dernière auprès des tribunaux, contribuant ainsi au développement de la jurisprudence sur les contrefaçons.

D’autre part, l’établissement le 1er janvier 1846, de la malle-poste entre Toulouse et Perpignan, détenant alors le monopole de la rapidité des transports, permet la commercialisation du papier Job vers Toulouse et au-delà vers Paris[13]. Dès le dépôt de la marque Job, en septembre 1849, un traité exclusif d’une durée de quinze ans est en effet passé entre Jean Bardou et Jacques-Zacharie Pauilhac, courrier de malle-poste, pour la diffusion du nouveau produit[14]. Cette ultime étape de modernisation des transports avant l’arrivée du chemin de fer contribue dès lors à l’élargissement du marché du papier à cigarettes hors du cadre régional, vers un marché de dimension nationale.

Caractères généraux de la marque Job

En définitive, à l’époque de Jean Bardou, la production du papier Job repose sur une imitation du façonnage espagnol et sur une tentative de personnalisation du produit. La chaîne opératoire comprend d’abord la phase de fabrication d’un papier fin. Cette « matière première » apparaît d’origine française et provient de la ville de Castres, réputée auprès des façonneurs pour la qualité de ses papiers. Aromatisés à Perpignan, les papiers à la base de la marque Job sont soit blancs, soit jaunes, coloration résultant d’une adjonction de réglisse. L’opération se clôture par le séchage du papier[15].

La seconde opération est celle du façonnage, c’est-à-dire du prédécoupage de la feuille de papier en feuillets exactement proportionnés à la dimension des cigarettes. Taillés au format de 7,5 cm sur 4, les feuillets sont réunis en cahiers comprenant 120 à 150 feuillets[16]. Réalisés à Perpignan, le façonnage et la création de livrets ou « cahiers-portefeuille » constituent une transposition effective des pratiques espagnoles sur le territoire français. L’influence espagnole transparaît également dans le choix de la marque, « la marque Job, avant d’être déposée par Jean Bardou, (ayant) été utilisée par d’autres et connue sur les papiers Espagnols, d’où Jean Bardou l’avait imitée ».

Il est ensuite procédé à la « préparation de l’enveloppe », c’est-à-dire à la couverture des livrets, imprimés et revêtus de la marque Job. C’est à ce stade que Jean Bardou entend personnaliser ses produits, afin « de bien établir une différence saisissante entre les produits Espagnols et les siens ». Aussi, portant sur « le découpage de la feuille, sa mise en cahier », le brevet de 1849 s’attache également à « la préparation de l’enveloppe, la fabrication du cordonnet de fermeture, l’encartage, la fabrication des boîtes », autrement dit à la forme et au conditionnement du produit fini[17].

La « première marque de fabrique » c’est-à-dire « la première couverture de livret de papier à cigarettes » comprend ainsi un support graphique composé, en impression sur fond brun, d’un côté de dessins et stries dorées, de l’autre les initiales J.B. séparées par un losange, formant la marque JOB, mais aussi un cachet aux armes des Godefroy, lignée de l’épouse de Jean Bardou. Un soin particulier est apporté à la finition et à l’emballage du produit. Les cahiers ou « livrets-portefeuilles » sont enveloppants et fermés par un ruban rose[18]. L’empaquetage s’effectue enfin en boîtes hermétiquement scellées à la cire rouge, adaptées au transport rapide de la malle-poste[19].

Les raisons culturelles d’un succès 

Les raisons du succès de la marque sont en outre culturelles, le phénomène le plus marquant de cette période étant l’accélération de la notion du temps. Perpignan entre dans l’ère industrielle par la commercialisation à grande vitesse du papier Job, augmentant la rentabilité du produit. Le façonnage du papier à cigarettes est en outre perçu comme un service, offrant notamment un gain de temps sur la préparation des grandes feuilles encore vendues dans le commerce, traditionnellement découpées la veille pour le lendemain[20].

L’avènement de ces nouveaux rythmes de vie, où la vitesse tient un rôle accru, remonte à l’époque du général de Castellane, gouverneur de la ville de Perpignan (1833-1847). Chacun connaît l’épisode de la montre du général, mécanique coûteuse et sophistiquée, dont la panne provoque dans le chef-lieu l’arrivée définitive d’horlogers spécialisés[21]. De même, l’installation de la malle-poste à Perpignan, voiture détenant alors seule le monopole du galop, est due au député Henri de Castellane, fils du général.

Temps de discipline, de ponctualité, temps des horlogers imposé par l’autorité militaire, auquel s’ajoute le temps de la rentabilité, préludant à « l’emballement productiviste », le XIXe siècle est aussi celui des initiatives privées, philanthropiques ou capitalistes, dans le domaine de la santé[22]. De fait, les années 1840 sont aussi à Perpignan celles d’un essor de la mutualité, mouvement de prévoyance jugé indispensable dans la lutte contre la maladie[23].

De même, aux origines de la fabrication du papier Job, l’adjonction de réglisse a pour résultat de masquer sinon de transformer l’âcreté initiale du papier. Réputées pour la variété de leur flore, les Pyrénées-Orientales constituent dès lors un substrat idéal aux combinaisons les plus diverses. Aromatisés par des bains aux plantes selon des procédés tenus secrets, les papiers Job bénéficient d’une réputation hygiéniste soigneusement entretenue[24].

Par une extension savamment orchestrée, leur innocuité supposée devient rapidement vertu curative. Ainsi, dès 1852, « le Papier Job à cigarettes de Jean Bardou, hygiénique pour la bouche, le larynx et la poitrine, dont l’usage est généralement adopté, se recommande non seulement aux fumeurs qui désirent conserver leur santé, mais encore aux tempéraments les plus affaiblis. Cette fabrication, savamment combinée avec des plantes aromatiques, a eu l’approbation d’un Jury médical…» affirme l’entreprise[25].

En définitive, au temps de Jean Bardou, la marque Job apparaît globalement comme une imitation, teintée d’une modeste adaptation des procédés d’origine espagnole. En France, la notoriété du produit repose sur une conception à la fois économique et hygiéniste de sa fabrication. Par sa présentation, la marchandise est préservée des aléas du transport en malle-poste, voiture lancée à grande vitesse sur le réseau national. Plus largement, naît à Perpignan une industrie nouvelle du papier à cigarettes : l’activité de façonnage du papier Job est devenue activité principale favorisant une concentration de la main d’œuvre ; hormis la papeterie, la chaîne opératoire est totalement maîtrisée et depuis les Pyrénées-Orientales, s’ouvre un marché d’envergure nationale.