Rendez-vous culturels

BARDOU-JOB

"Société Bardou-Job et Pauilhac - Statuts de 1897" - Cf rubrique Articles/Bardou-Job.


PERSONNEL USINE BARDOU

Article : "Personnel ouvrier - Usine Bardou - Perpignan - 1928". Cf rubrique Articles/Bardou.


SAN MARTI

"Pierre Bardou-Job - Exportation de faïences San Marti en Amérique du Nord" - Cf rubrique Beaux-Arts/Arts graphiques


A LIRE

"Joseph Bardou et fils, entreprises de papier à cigarettes à Perpignan" - Cf rubrique Articles/Bardou


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Jules Pams (1852-1930) et le musée des Beaux-Arts de Perpignan

Le goût au tournant du siècle

 

 

Gabriel Farrail, Jeune flûtiste, bronze, hôtel Pams

© Ville de Perpignan/P. Marchesan 

 

Lorsqu'en 1888, Jules Pams épouse Jeanne, fille cadette du riche industriel Pierre Bardou-Job, c'est l'alliance de la politique et de l'industrie mais c'est également l'union du curieux et de l'amateur. Car si Pierre Bardou Job incarne le collectionneur boulimique et passionné de « curiosités », Jules Pams endosse le rôle de l'amateur éclairé ouvert à l'art de son temps. Se posant en mécène des « novateurs contemporains[1] », il aura à coeur de faire rayonner le musée de Perpignan en participant à son enrichissement tout en devenant ipso facto le conseiller artistique des Bardou.

Les Bardou-Job collectionneurs

Récompensé par une médaille hors concours à l'Exposition Universelle de 1889, Pierre Bardou­-Job revient à Perpignan avec une partie du «  pavillon chinois[2]  » remonté sur la Promenade des Platanes le temps de l'Exposition Industrielle perpignanaise de 1890. Si ce pavillon constitue le point d'orgue de sa collection, il n'en est cependant pas le résumé. D'un éclectisme foisonnant (le catalogue de l'exposition mentionne plus de 400 numéros), la collection visible sous le pavillon des Beaux-Arts mêle mobilier liturgique, armes anciennes, ivoires, antiquités égyptiennes et romaines, mobilier Louis XV et Louis XVI, tableaux et sculptures... Le journal local L’Indépendant flatte « le généreux mécène (...) dont la collation merveilleuse a contribué puissamment à l'éclat de l'Exposition ». Venant habilement compléter l'obtention de cette médaille, la monstration de sa collection, héritière des cabinets de curiosités, devient affirmation de sa réussite industrielle, signe de sa richesse et gage de s a générosité.

Sous ce même chapiteau, le musée des Beaux-Arts de la ville présente des oeuvres d'artistes contemporains : Gabriel Faraill, Jean-Baptiste Belloc et Alexandre Oliva. Loin d'être le fruit d'une volonté politique forte en matière d'acquisition, ces oeuvres rentrent dans les collections grâce aux dons des artistes eux-mêmes.

Ces sculpteurs sont ceux qu'affectionne alors la bourgeoisie perpignanaise, notamment Pierre Bardou-Job, président de la section artistique de l'Exposition Industrielle. Si Gabriel Faraill, auteur d'un jeune flûtiste, réalise le portrait de Jeanne Bardou encore enfant, Alexandre Oliva est présent avec trois oeuvres dans la collection du riche industriel[3]. Dans l'esprit des galeries d'hommes illustres du XVIIIe, Pierre possède le portrait de Gabriel Faraill par Guiny et celui d'Alexandre Oliva par Lehmann !

Portraitistes au métier sûr, copistes de talent s'étant formés à l'École des Beaux-Arts de Paris, actifs salonnards, fervents défenseurs d'un art « français », ces artistes reflètent le goût d'une bourgeoisie toute tournée vers le scintillement de la capitale et vers un académisme épris de Beau.

Henri Lehmann, Portrait d'Alexandre Oliva, huile sur toile

(Perpignan, musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud)

© Ville de Perpignan/P. Marchesan

 

Jacques Blanquer est un des leurs. L'auteur du solennel portrait de Pierre Bardou-Job en 1886, est déjà un artiste reconnu lorsqu'il expose à l'Exposition Industrielle de 1890. Eugène Bardou, accédant à la mairie de Perpignan en 1894, le nomme conservateur du musée après le décès de Joseph Crouchandeu en 1895. Son arrivée coïncide avec une nouvelle perception du musée. D'organe scientifique à l'attention des quelques artistes et rares chercheurs, le musée va devenir chose publique désireuse de s'ouvrir sur la cité et d'être en prise avec l'art de son temps. Une attention nouvelle est portée à la politique d'acquisition et à la qualité de la monstration[4]. En 1895 Jacques Blanquer propose à la municipalité la création d'une commission consultative à même d'impulser une dynamique nouvelle. Grâce à l'appui de Jules Pams, membre actif de la commission, le musée se fera le reflet d'un certain art contemporain goûté par la bourgeoisie et ce dans un but philanthropique : éduquer le peuple et contribuer au rayonnement de la ville.

Jules Pams et le musée

En 1898, la commission demande au député d'insister auprès du ministre des Beaux-Arts et de l'Instruction Publique, Georges Leygues, pour envoyer de préférence une toile de l'École Moderne, peu représentée dans le fonds du musée. Les baigneuses d'Antoine Calbet, acquises par l'État au Salon de 1899 et présentées à l'exposition décennale des Beaux-Arts de 1900, viendront enrichir les collections. Jules Pams juge l'oeuvre « d’une tonalité très agréable » et c'est un achat que lui-même aurait fait.

Raymond Sudre, Hélèna

(Perpignan, musée des Monnaies et Médailles Joseph Puig)

© Ville de Perpignan/C. Casanovas.

 

Les visites annuelles de Jules Pams au Salon se font en compagnie de ses amis artistes, Raymond Sudre, Paul Gervais ou Gustave Violet. Une affinité « de classe » peut expliquer son amitié avec le jeune Gustave Violet[5].

1899 : le député âgé de 47 ans se rend au Salon en compagnie du jeune artiste de 26 ans, tous deux membres de la commission du musée, pour juger de la qualité des oeuvres que l'État souhaite déposer à Perpignan. Les amitiés « bourgeoise » de Violet lui seront reprochées par Georges-Daniel de Monfreid qui le voit « obliquer vers le salonnisme[6] ». En 1912, Jules Pams intervient auprès du ministre pour faire obtenir à son ami une commande de l'État : le buste de Pere Baró, peintre nord-catalan du XIVe, pour la somme de 800 F[7]. Le sculpteur n'honorera pas la commande qui sera annulée en 1921.

Gustave Violet lui parle-t-il d'Aristide Maillol, jeune sculpteur sans le sou encore inconnu en Roussillon ? Alors essentiellement peintre et licier, Aristide Maillol vient de quitter Paris et la misère pour la banlieue. Son fils Lucien vient de naître, sa peinture et sa tapisserie lui ont permis de remporter ses premiers succès et ses premières commandes. I1 s'initie aux arts du feu. Vers 1897­-1898, sort du four de Villeneuve Saint-Georges une commande de Jules Pams : un grand bas- relief en céramique représentant une vierge entourée d'anges. Seule oeuvre religieuse de Maillol, on l'imagine destinée à l'oratoire de Jeanne Pams, fervente catholique.

Alors député, Jules Pams reste soucieux de doter le musée de Perpignan d'une collection d'oeuvres d'art. En novembre 1901, il obtient trois dépôts significatifs : Hercule préfère la Vertu à la Volupté, de Laurent Jacquot-Defrance, artiste lorrain que le hasard a fait naître au Perthus ; David combattant Goliath de Raymond Sudre, deuxième grand prix de Rome en 1900 ; et Le poète apporte aux foules le calme et la modération d'Emile Gaudissard, œuvre exposée au Salon de 1898. Ces trois artistes « roussillonnais » s'inscrivent ici dans la pure tradition de l'Académie : sujet mythologique ou allégorique et traitement classique. En 1905, il obtient le dépôt des Espagnoles d'Edmond Suau.

Avec son ami Jules Escarguel, directeur et rédacteur en chef de L'Indépendant, Jules Pams propose en 1908 la création d'une association des amis du musée[8] ouverte aux hommes « qualifiés et désignés par leur situation, leur éducation, leurs goûts et leur fortune[9] ».

La genèse de l'association la coupe inévitablement de tout un pan de la création roussillonnaise en quête d'un art régional revivifié au contact du Noucentisme pour se tourner, non sans un certain « parisianisme », vers un art français encore engoncé clans son carcan académique. Ainsi, Georges-Daniel de Monfreid, Louis Bausil et Etienne Terrus n'assisteront qu'à la première réunion publique, se détournant de la vision artistique d'un Jules Pams pour qui le Roussillon « à défaut d'être une source jaillissante, sera certainement un joli ruisseau qui fortifiera la production de l'art français[10] ».

L'association naissante désire « créer dans la ville de Perpignan un foyer artistique dont le musée sera le centre vivant, et faire affluer vers ce musée de belles œuvres grâce aux concours pécuniaires de ses membres, aux subventions municipales et à la généreuse bienveillance de l'État[11] ». Dans un élan républicain, Jules Escarguel renchérit en souhaitant « mettre à la portée de tous, sous les yeux de tous, les choses belles, rares et coûteuses qui, sous les autres régimes étaient l'apanage du Prince et de l'Ancien Régime[12] ».

Sous l'impulsion de ce charismatique mécène, une véritable frénésie pousse les membres de l'association à participer à « cette oeuvre de divulgation artistique et d'utilité roussillonnaise[13] ». Les toiles, souvent de grandes dimensions, affluent et les salles du musée se trouvent bientôt trop étroites.

En 1910, deux grands formats : Strozzi contre Doria de Charles Fouqueray et Salammbô au festin des barbares d'Albert Charpentier sont achetés par l'association, 5 000 F chacun. L'on se propose alors d'expurger du fonds des oeuvres jugées « trop médiocres » pour rivaliser avec les brillants achats actuels et Jean-Paul[14] de conclure un article de L'Indépendant en faveur de la toute jeune association par cette injonction : « et si notre musée est trop petit, agrandissons-le ! ».

En avril 1911, l'association organise sa première exposition au Café du Square[15] dans l'espoir de susciter dons et adhésions. Montrant aux Perpignanais l'ensemble des oeuvres acquises par les amis du musée et données par des particuliers et par l'État, l'exposition est un succès. Jules Pams donne à cette occasion une oeuvre héritée de son beau-père, le Portrait d'Oliva par Lehmann.

La même année, Jules Pams accède au ministère de l'Agriculture.

Jules Pams et les artistes

Son intérêt pour l'art fait naturellement de Jules Pams le « conseiller artistique » de la famille Bardou-Job Il commencera tout d'abord par introduire au sein de la famille un artiste dont le nom deviendra indissociable de cette dynastie : Paul Gervais.

L'auteur de six affiches pour le papier à cigarettes Job n'est autre que le fils de la nièce de Jules, Rose Pams qui épousa en 1879 Numa Gervais. Si la décoration de son hôtel perpignanais devait à l'origine être confiée à Puvis de Chavannes, Rose intervient rapidement auprès de son oncle pour que son fils obtienne cette vaste commande.

Commence dès lors une amitié et une collaboration sans faille entre les deux hommes. Tous deux menant brillante carrière, l'un en politique, l'autre en art, ils se retrouvent durant plusieurs étés au château de Valmy, résidence d'été du couple Pams dont la salle à manger sera également décorée par Gervais en 1903, comme le sera leur résidence de Port-Vendres en 1913.

Paul Gervais, Fructidor et Messidor (détail),

salle d'honneur de l'hôtel de ville de Port-Vendres, 1913

© Ville de Perpignan/D.Rey.

 

Ces décors débordants de nudités généreuses évoluant dans des paysages méditerranéens aux coloris chatoyants sont le fruit pour Bruno Foucart, « d'un académisme décomplexé par l’impressionnisme[16] ». Justin Bardou-Job, peu enclin à la « prise d'initiative artistique » se fie au goût de son beau-frère et commande à Gervais la réalisation du vaste programme iconographique du château d'Aubiry, résidence d'été de l'industriel[17]

Jules Pams essayera à plusieurs reprises d'obtenir des « Gervais » pour le musée de Perpignan. Dès 1898, alors que M. Roujon, directeur général des Beaux-Arts en visite au musée, est « tellement frappé de sa pénurie qu'il a pris l'engagement de nous faire envoyer une oeuvre moderne de premier ordre », l'homme politique lui suggère, en vain, l'envoi de Songe d'une nuit d’été, remarqué au Salon de 1898. Quand Gervais expose Bain de soleil au Salon de 1914, le sénateur contacte le ministère des Beaux-Arts pour une demande d'achat « de compte à demi avec la ville de Perpignan ». Mais l'affaire prend du retard et, quand la Société des amis du musée est en capacité de verser la somme, la toile est déjà la propriété de la ville de Paris.

Au moment de la vente de l'Hôtel Pams au bénéfice de la ville en 1946, Mme Pams-­Holtzer fait don au musée de deux grandes toiles du peintre : les Centaures, présentée au Salon de 1906 et le Jugement de Pâris, qui obtient la médaille d'argent à l'Exposition décennale des Beaux-Arts de 1900.

Si Gervais est le peintre-décorateur de la dynastie Bardou, Victorien Antoine Bastet en est le portraitiste. Là encore l'artiste, au ciseau académique, est un habitué des Salons. Dès 1890, il travaille pour la famille en réalisant le portrait de Pierre Bardou-Job alors enfant. Trois ans plus tard, il fixe les traits de Justin et de son épouse[18] et réalise en 1894 le monument funéraire des Bardou-Job au cimetière Saint Martin (Perpignan). Sculpteur apprécié par la famille, il est associé à la décoration du château d'Aubiry et réalise le chambranle monumental néo-classique de la porte d'entrée. Deux généreuses cariatides engainées, l'une de face, l'autre de dos, soutiennent un imposant linteau de marbre blanc. Alexandre Oliva, sculpteur déjà collectionné par Pierre Bardou, ami proche de Victorien Antoine Bastet et de son premier mécène Joseph Vallarino, a pu présenter le jeune artiste à Justin. A moins que la rencontre n'ait été orchestrée par Jules Pams, neveu de Vallarino, riche négociant en vin à Béziers. Au salon de 1896, Jules acquiert la plantureuse Vénus à la myrte pour orner le patio de son hôtel particulier perpignanais et commande à Bastet son buste et celui de son épouse[19]. L'on sait qu'il possède également un exemplaire de Grain de beauté (1896), oeuvre exposée au Salon parisien de 1898.

Hôtel Pams, Vénus à la myrte de Victorien-Antoine Bastet

© Ville de Perpignan/P. Marchesan.

 

Si les liens familiaux ont dicté de nombreux choix esthétiques à Jules Pams, bien d'autres artistes bénéficieront des achats de l'homme politique et, par son entremise, des commandes de la firme Job. L'Exposition Universelle de 1900 semble avoir constitué un formidable « terrain de chasse » pour l'homme politique en quête d'artistes « en vogue ». L’on constate en effet qu'il introduit au sein de la famille des artistes présents et le plus souvent médaillés à l'Exposition. Tous ont dû exécuter des portraits de son épouse Jeanne Bardou, corroborant l'hypothèse selon laquelle il faut voir en Jules, et non en Justin, le véritable instigateur de cette formidable série d'affiches Job.

Un des lieux incontournables de l'Exposition est sans aucun doute le pavillon Art nouveau du marchand Siegfried Bing. Sous une frise d'orchidées stylisées, la façade est animée de figures féminines signées Georges de Feure représentant l'Architecture et les Arts appliqués. La rencontre entre les deux hommes, peut-être à ce moment-là, fait de Georges de Feure un habitué de Valmy. Le couple Pams lui achète de nombreuses oeuvres pour leur château, notamment une série de femmes évoquant probablement les quatre saisons et, vers 1908-1910, Georges de Feure se plie à la traditionnelle commande de deux portraits de Jeanne[20] ». Ian Millman précise : « de Feure fut probablement obligé par diplomatie d'accepter ces commandes : refuser lui aurait été impossible ». Ce sésame lui permet d'obtenir une commande de la part de Justin Bardou : une série de quatre femmes qui fument. Elles ne seront cependant jamais traduites en affiches.

La visite de l'exposition décennale des Beaux-Arts (1889-1900) au sein de l'Exposition Universelle de 1900 est sans doute un passage obligé de l'amateur d'art. Le symboliste Edgard Maxence y obtient une médaille d'or. La même année, La femme à l’orchidée, considérée à tort comme le portrait de Jeanne, est réalisée pour la marque perpignanaise. Fervent catholique, rosicrucien, il portraiture la pieuse Jeanne en costume néo-renaissance, un livre entre les mains[21]. Sûrement conseillé par Jules Pams, Justin commande à Edgard Maxence trois affiches Job parmi les plus marquantes.

Autre médaillé d'or de l'Exposition Universelle, le sculpteur Jules Coutan réalise avec l'architecte Charles Risler le somptueux portique Art nouveau du palais de la céramique. Jules Pams achète à l'artiste, probablement après 1900, La Paix, monumentale allégorie néo-classique, pour son hôtel particulier perpignanais. Elle se dresse désormais sur le caveau familial réalisé par Viggo Dorph Petersen à Port-Vendres. Bien d'autres artistes profitent du goût de l'homme politique pour les choses de l’art. Ainsi Eugène Decisy, graveur illustrateur, fixe à l’eau-forte les traits de Jeanne. Présenté par Jules Pams à Justin Bardou-Job, il se retrouve dans la collection du château d'Aubiry avec une œuvre aux accents naturalistes : Le démêlage, brasseurs à Bethencourt. Edouard Crébassa, peintre de la vie nocturne parisienne et de son monde interlope, deviendra sociétaire des Beaux-Arts grâce à son Café de nuit, acquis par Jules Pams pour son château et réalisera un portrait de l'ami Gustave Violet présenté au Salon d'Automne de I905[22]. Jean-Baptiste Belloc présente au Salon de 1899 une Walkyrie en argent, or, bronze, ivoire et pierres précieuses commandée par Jules Pams...

Sur les murs du château de Valmy les tableaux se bousculent au gré de ses achats éclectiques : Jean-Baptiste Huysmans, Georges Rochegrosse, Jean Joseph Carriès... Il transforme son hôtel particulier perpignanais en un « petit musée où dans un riant décor de marbre et d'onyx, rehaussé de fresques lumineuses, voisinent antiques et modernes, des statues et des tableaux de maîtres, où fraternisent dans le plus vivant des tête-à-tête, dû au dilettantisme éclairé d'un homme de goût, Corot et de Feure, Goya et Rochegrosse, Velasquez et Moreau. Ribéra et Gervais, Coutan, Bastet, Carriès, Belloc[23] ». A l’architecture éclectique goûtée par la famille répond une collection privilégiant le mélange des genres. Art nouveau, symbolisme, orientalisme, postimpressionnisme sont autant de courants esthétiques qui suscitèrent l'intérêt de celui qui sera en 1906, président du conseil de l'enseignement des arcs décoratifs et du comité des Beaux-Arts à Paris. Il est juste à regretter que ses choix personnels aient été plus audacieux que ceux pris par l'association des amis du musée et que son goût personnel n'ait pas davantage dicté son action publique.

Les années 1920

Cependant, Jules Pams ne pourra suivre l'évolution de l'art et de ses aspirations qui prend progressivement forme en Roussillon. Avec la nomination de Louis Delfau au poste de conservateur du musée en 1924, une coupure s'opère entre un homme politique vieillissant tourné vers Paris et des artistes et un musée en quête d'un héritage méditerranéen revigoré, d'une nouvelle latinité. La fin de sa carrière politique au niveau national[24] donne un coup de frein à son action auprès du musée : l'association achète sa dernière œuvre en 1921, les dépôts d'Etat cessent en 1928. Au sentiment « national » imposé par l'État succède au tournant du siècle le désir neuf pour de nombreux artistes de chercher aux sources vives de ce territoire le chemin d'une renaissance. Pierre Bardou-Job sera de ceux-là. Fils de Justin et céramiste, il reprend les rênes de l'atelier de céramique installé par Gustave Violet à Sant Marti (Prades}[25]. D'Aubiry à Sant Marti, il incarne dorénavant cette voie nouvelle. En 1922, au directeur du salon du goût français soucieux de connaître les artisans qui, dans notre département, fabriquent des « objets pittoresques, bien expressifs du sentiment local », Jacques Blanquer ne cite que deux noms : Mistrangelo et Bardou-Job.

  

Claire MUCHIR

Responsable du Musée des Beaux-Arts
Hyacinthe Rigaud, Perpignan

 


 

Bibliographie

 
MUCHIR Claire, "Jules Pams (1852-1930) et le musée des Beaux-Arts de Perpignan. Le goût au tournant du siècle", in La Belle Epoque dels Bardou, Art et industries papetières de Perpignan (1880-1914)Catalogue d'exposition, Ville de Perpignan, 2011, p.119-133. 
 
 
Pour en savoir plus

MUCHIR Claire, "Autour de Gustave Violet, l'atelier d'une autre modernité (1890-1930)". Conférence Sudhistoire le 18-4-2013. 
 
PRACA Edwige, "L'hôtel Pams à Perpignan : "cette maison-là était un musée" ", mise en ligne site Les Amis des Bardou, rubrique "Alliés et consorts".
 

[1] Jules Escarguel, rubrique nécrologique parue dans L’Indépendant au décès de Jules Pams.

[2] « Le « pavillon chinois » de M. Bardou-Job (…) attirait l’attention de tous les amateurs » , L’Indépendant, 16 mai 1890. Il s’agirait plutôt du pavillon indochinois présenté à l’Exposition Universelle de 1889 dont les éléments décoratifs ont été démembrés et insérés dans les architectures de Viggo Dorph Petersen.

[3] La mère Jaboutey, buste en onyx ; Le frère Philippe, réduction en bronze ; Vierge, statuette en bronze.

[4] La somme annuelle de 800 F. est désormais allouée à la conservation et à l’achat d’œuvres nouvelles. En 1896, le conservateur réaménage l’ensemble des salles d’exposition (archives du musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud).

[5] La collection du château de Valmy compte des œuvres de Gustave Violet : une jarre à décor floral (coll. particulière), un pot en terre cuite à décor de personnages allégoriques évoquant la Récolte (œuvre non localisée).

[6] Lettre de George-Daniel de Montfreid à Louis Bausil, 16 février 1905 : « Il aspire évidemment au succès qu’on apprécie dans son milieu, où déjà, grâce à ces tendances et aux résultats obtenus, il tr$one comme l’aigle de la famille ».

[7] Archives Nationales, cote F/21/4282 ; dossier 10.

[8] Constitution du bureau : président, Jules Pams, sénateur – vice-président, Jules Escarguel, directeur de L’Indépendant – secrétaire, Louis Trénet, architecte – trésorier, Emile Drancourt, propriétaire – archiviste, Jacques Blanquer, artiste peintre conservateur.

[9] Jules Escarguel, L’Indépendant, 13 janvier 1908.

[10] Allocution de Jules Pams lors du 1er banquet organisé par la jeune association le 3 mars 1910.

[11] Idem

[12] L’Indépendant, 13 janvier 1908.

[13] L’Indépendant, 8 mai 1911.

[14] Pseudonyme de Jules Escarguel.

[15] Sont présentées à cette exposition les œuvres suivantes (liste non exhaustive) : Raymond Sudre, Héléna ; Martens, Paresse ; Jules Grün, Bienvenue ; Albert Charpentier, Salammbô au festin des barbares ; Fouqueray, Strozzi contre Doria ; Léon Brousse, Portrait d’Antoine Siau ; Laurent, Le torrent : Frappa, Le déjeuner ; Terrats, Etude de vieillard ; Lehman, Portrait d’Oliva ; Célestin Manalt, Le doute ; Célestin Manalt, L’enfant à la pierre ; Aristide Maillol, La pensée ; Gustave Violet, L’escabot de moutons (cassé durant l’exposition) ; Gustave Violet, Tête d’homme.

[16] Bruno Foucart cité par Pierre-Yves Laborde.

[17] Au salon de 1904 est présenté « Vers la lumière », un plafond pour la bibliothèque du château d’Aubiry, et, en 1908, « un plafond pour le grand château d’Aubigné (sic) ».

[18] Les deux bustes sont conservés au musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud.

[19] Œuvres non localisées.

[20] Un des portraits, récemment passé en vente publique, montre une Jeanne vêtue d’un grand chapeau bleu, dans le parc de Valmy, le château en arrière-plan.

[21] Sûrement exécuté entre 1901 et 1903, ce tableau est actuellement non localisé.

[22] « Le Salon d’Automne est une « boutique » tout comme les autres salons officiels. La statue de Maillol y a un succès très mérité ; car c’est du grand art dans toute l’acception du terme. Crébassa y a un portrait de Gustave Violet, assez maigre de facture, et des paysages médiocres, mesquins aussi comme faire et comme vision », lettre de Georges-Daniel de Monfreid à Louis Bausil, 20 novembre 1905.

[23] L’Indépendant, 16 janvier 1913.

[24] 1920 : Clémenceau échoue face à Deschanel à la présidence de la République. « Après cet échec, Jules Pams refuse tout poste ministériel et même la présidence du Sénat, bien qu’une majorité se dégage autour de son nom, par fidélité à de son vieil ami » (Anne Tauléra).

[25] « A Prades où il vécut quelques années, il avait repris l’atelier de céramique installé par Gustave Violet et il s’appliqua à créer des formes et des décorations neuves et modernes. Les créations de Sant Marti furent appréciées en France et à l’étranger et figurèrent en bonne place à diverses manifestations commerciales telles que la Foire de Paris et artistiques telles que les salons d’Automne et des Indépendants », Tramontane, 226-227, 1937.